Carole Goodine : La déprescription assistée par la technologie pour les personnes âgées

Carole Goodine

Il y a des centaines d’années, Ésope, le conteur grec, affirmait qu’il était possible d’avoir « trop d’une bonne chose ». Ce principe résonne parfaitement aujourd’hui avec ce que pense Carole Goodine, pharmacienne du Nouveau-Brunswick, qui affirme que si les médicaments peuvent être essentiels à la santé des personnes âgées, un excès de médicaments peut être tout aussi néfaste.

En collaboration avec d’autres auteurs, Mme Goodine a récemment publié une étude dans la revue JAMA Network Open, qui démontre que l’utilisation d’une application d’aide à la décision clinique (MedReviewRx) et la réalisation d’évaluations de médicaments habituels dans cinq résidences pour personnes âgées du Nouveau-Brunswick ont permis de réduire de 23,7 % le nombre de médicaments prescrits. L’étude portait sur 725 personnes.

En tant que responsable des services pharmaceutiques cliniques à l’hôpital régional Dr Everett Chalmers de Fredericton, Mme Goodine a mené cette étude avec une équipe interprofessionnelle. L’application a été conçue et mise à l’essai dans le cadre d’une bourse de deux ans, cofinancée par AGE-WELL et la Fondation de la recherche en santé du Nouveau-Brunswick (aujourd’hui ResearchNB).

« Avec l’âge, le fonctionnement de votre organisme et la manière dont il métabolise certains médicaments peuvent changer, ce qui peut augmenter le risque d’effets néfastes, explique-t-elle. Cette application a pour objectif de déterminer les médicaments qui peuvent être plus nocifs que bénéfiques, c’est-à-dire ceux qui présentent un risque pour les personnes âgées. L’application fournit aux médecins des directives sur la manière d’en réduire les doses ou de les arrêter en toute sécurité. »

Entre 68 % et 88 % des résidents dans des foyers de soins de longue durée reçoivent des ordonnances de médicaments potentiellement inappropriées, ce qui peut entraîner des effets indésirables, tels que des chutes, des fractures, un déclin cognitif, une hospitalisation et même le décès. Le nombre d’ordonnances de médicaments augmente avec l’âge : 62 % des Canadiens âgés de 65 ans et plus prennent 5 médicaments ou plus.

« L’une des idées clés ayant émergé du programme d’AGE-WELL est la nécessité de concevoir les projets de recherche en collaboration avec les utilisateurs. «
Carole Goodine

 

On parle de « polypharmacie » lorsqu’une personne prend plus de cinq médicaments, ou des médicaments qui ne sont plus nécessaires ou qui ne sont pas adaptés à ses besoins. À son avis, la déprescription est une priorité essentielle pour améliorer la santé des personnes âgées au Canada. Mme Goodine a été nommée pharmacienne canadienne de l’année 2023 par l’Association des pharmaciens du Canada pour ses efforts visant à améliorer les soins aux personnes âgées.

Pendant qu’elle était boursière d’AGE-WELL, Mme Goodine a également participé au programme EPIC (Jeunes professionnels, carrières inspirées) d’AGE-WELL et à l’Institut d’été EPIC de 2017, qui s’est tenu à Shediac, au Nouveau-Brunswick.

Cette pharmacienne, qui possède 34 ans d’expérience, est novice en matière de recherche et elle affirme que le programme EPIC lui a permis d’acquérir une solide connaissance sur la recherche : « EPIC a été une occasion incroyable d’acquérir des connaissances de base et de découvrir le processus de recherche, déclare-t-elle. Le programme offrait aussi des possibilités dans d’autres domaines, tels que la commercialisation et la gestion de projet, et permettait de nouer des contacts avec des professionnels issus de divers horizons. Cela m’a permis d’avoir une bonne vue d’ensemble du paysage. »

À l’Institut d’été, Mme Goodine a été particulièrement impressionnée par la participation des personnes âgées et des proches aidants au processus de recherche. « L’une des idées clés ayant émergé du programme d’AGE-WELL est la nécessité de concevoir les projets de recherche en collaboration avec les utilisateurs. Le fait de faire participer les personnes âgées à la discussion tout au long du processus permettait de s’assurer que le projet répondrait à leurs besoins. Acquérir ce point de vue est extrêmement important. »

La collaboration avec des équipes aux profils professionnels variés a également constitué un point fort de son expérience avec AGE-WELL : « Il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre, quelque chose qu’on peut obtenir en travaillant avec des personnes provenant d’autres domaines et en apprenant de nouvelles compétences, conclut-elle. Je pense que c’est ce qui nous permet de progresser. »